Méditation 1er novembre 2026
Apocalypse 7, 2-4.9-14 (1ère lecture de la Toussaint)
Un extrait de l’Apocalypse pour la Toussaint ? Bien surprenant pour qui assimilerait ce livre à la prophétie de fléaux terrifiants précédant la fin du monde !
En fait, cet écrit symbolique vise à « dévoiler » (signification du mot grec apocalypse) le sens de l’histoire dans le dessein d’amour de Dieu. C’est donc un formidable message d’espérance, à l’origine adressé aux chrétiens persécutés dans l’empire romain, mais valable pour toutes les générations.
Que nous révèle donc la lecture de la fête d’aujourd’hui, à travers les deux visions complémentaires qui la composent ?Tout d’abord, une certitude, celle qu’exprimait aussi l’apôtre Paul en écrivant aux Romains : quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour. (Rm 8, 28).
C’est le sens de l’image du sceau (figure du baptême dans l’Eglise primitive) dont sont marqués les serviteurs de notre Dieu : appartenant à Dieu, configurés au Christ, comblés de l’Esprit Saint, ceux qui cherchent à accomplir la volonté du Seigneur peuvent avoir une confiance absolue en sa protection. Certes, ils n’échapperont pas aux épreuves de la vie (le mal fait à la terre et à la mer), pas plus que les douze tribus d’Israël au désert, mais ils ont confiance qu’ils marchent vers la Terre Promise.
Pas un seul ne sera perdu en chemin, puisqu’ils sont 144 000 : 12 (le chiffre de la plénitude) porté au carré puis multiplié par 1000 (donc une quantité presque indénombrable).La Terre Promise, qu’est-ce à dire ? La seconde vision nous répond par le tableau du culte céleste qui réunit dans l’adoration et la louange du Dieu sauveur les êtres purement spirituels (anges et quatre vivants) et les êtres humains parvenus à la béatitude : les anciens (auteurs de l’Ancien Testament et/ou responsables des premières Eglises) et surtout cette foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues.
Pourquoi décrire ainsi le bonheur éternel auprès de Dieu ? C’est qu’adoration et louange nous décentrent totalement de nous-mêmes pour nous centrer sur le Seigneur ; de plus, elles nous donnent encore plus de joie quand nous les vivons avec d’autres. Nous pouvons d’ailleurs en faire l’expérience chaque jour, d’une part en cultivant une attitude d’émerveillement et de gratitude, d’autre part en participant à la liturgie. Là, nous chantons déjà en présence des anges (cf. Psaume 137/138, 1), nous nous unissons par la communion des saints à toute l’Eglise de la terre, du purgatoire et du ciel.Mais l’auteur de l’Apocalypse ne se contente pas d’évoquer la félicité de la vie auprès le Seigneur. A travers l’image paradoxale des robes blanchies dans le sang de l’Agneau, il porte nos regards vers celui qui nous offre ce bonheur. L’Agneau, c’est ainsi que Jean le Baptiste désigne Jésus (Jn 1, 29.36) et le sang, dans la culture biblique, est le symbole de la vie. Le Christ, par sa vie donnée et répandue par amour, jusqu’à sa mort sur la croix, nous a libérés du Mal et a ouvert toute grande pour nous la porte de l’amitié avec Dieu.
Au baptême déjà nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Seigneur. Nous avons maintenant à laisser le sacrement porter ses fruits en participant à la Pâque du Christ tout au long de notre existence. Cela ne se fera pas sans grande épreuve, mais nous n’avons rien à craindre :
L’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux (Ap 7, 17).
Soeur Elisabeth, Bénédictine de Bouzy-la-Forêt
