Méditation du 8 Novembre
Matthieu 25, 1-13
Il est question de rencontre, d’Epoux, de noces ; de jeunes filles, de lampes et d’huile.
Et ce que nous dit cette parabole, c’est qu’on ne rencontre pas l’Epoux avec, dans sa lampe, de l’huile achetée chez les marchands. Idée qui semblait poindre déjà, aux derniers versets du Cantique des Cantiques : « Qui offrirait toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour, ne recueillerait que mépris. » (Ct 8,7)
La rencontre se fait justement à partir de l’inquantifiable, de l’inconnaissable… Il s’agit pour ces dix jeunes filles de sortir, avec « les lampes d’elles-mêmes », selon le texte grec. Chemin mystérieux de l’âme à la recherche de son Dieu, admirablement décrit dans les poèmes de Saint Jean de la Croix :
« Au milieu d’une nuit obscure… je sortis…
sans autre guide ni lumière, que celle qui brûlait au-dedans de mon cœur... »
Mais voici que l’Epoux se fait attendre… cette sortie est un non-savoir :
« Pour toute la beauté du monde, je ne voudrais pas me perdre,
mais pour un je-ne-sais-quoi, qui se trouve par aventure… »
Un « je-ne-sais-quoi », donc, brûle au cœur de ces jeunes filles ; mais aussi, pour reprendre l’expression de V. Jankélévitch, un « presque rien ». Car toutes ne suivront pas l’Epoux dans la salle de noces. « L’une est prise, l’autre laissée », comme l’annonce Saint Matthieu dans le chapitre qui précède notre parabole. La rencontre se joue sur un rien – un presque rien : un modeste flacon fait toute la différence. « Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous » disent les prévoyantes aux insouciantes, preuve que ces fioles d’huile en contenaient très peu... Ce « très peu » d’huile, infime et dérisoire, qui permet pourtant l’irruption de la Vie, en évoque un autre : celui de la veuve de Sarepta (1R 17,12). Lieu du « presque rien », lieu de la rencontre. Et du miracle.
Ces « presque rien » courent dans les évangiles comme en chacune de nos vies. C’est la veuve aux deux piécettes, le jeune garçon aux cinq pains d’orge… C’est, pour Sainte Thérèse d’Avila, ce « tout petit peu qui [est] à ma portée » (Chemin de perfection, I) ; et pour Petite Thérèse, « l’épingle » ramassée par amour... Capacité à être en Présence, à répondre, ici et maintenant, à la voix qui illumine la nuit… Le flacon d’huile peut représenter ainsi ce qui en nous est toujours prêt à être versé, répandu, offert. Ce que les « prévoyantes » emportent avec elles, c’est peut-être cela : une capacité à recevoir, et à donner. Un récipient, un « réceptacle » … Un espace ouvert, qui s’est laissé emplir par ce supplément d’huile, ce « presque rien » indispensable, pour demeurer jusqu’à l’Heure de l’Epoux… A ce titre, le miracle décrit dans le cycle d’Elisée (2 R 4, 6) résonne aussi comme une parabole : il y a de nouveau, comme au temps d’Elie, une veuve, un « flacon d’huile ». Mais cette fois, ce n’est plus l’huile qui manque, mais les vases disponibles pour la recueillir… « Dieu ne se lasse jamais de donner », disait encore Sainte Thérèse (Vie, XIX), « ne nous lassons pas, nous, de recevoir » … Seigneur, donne-nous un cœur attentif, réceptif, à l’image de celui de la Vierge Marie. Un cœur disposé à accueillir la Volonté du Père, offert à la vive flamme de ton Esprit. Un cœur qui respire ton nom, Jésus, comme un « parfum d’agréable odeur » (Ep 5,2), comme un « baume de vie » (Si 6, 16). « Ton nom est une huile qui s’épanche… Entraîne-moi sur tes pas, courons ! » (Ct 1, 3-4)
Entraîne-moi sur tes pas, courons ! » (Ct 1, 3-4)
Une sœur carmélite
(Carmel Notre-Dame de Surieu)
